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Regard sur le métier d’enseignant-chercheur | 1

Le 17 décembre 2019

Exercer avec passion un métier peut néanmoins conduire à éprouver des tensions au jour le jour ; elles sont souvent le fait de pressions multiples dans l’exercice de son métier, conjuguées à une identité professionnelle complexe et parfois mal assumée. L’enseignant-chercheur peut être dans cette situation.

L’identité professionnelle, selon le sociologue français Claude Dubar (1945-2015), est le fait de se définir individuellement à partir des caractéristiques de son travail, de ses réalisations professionnelles, de ses compétences professionnelles, de l’appartenance à un groupe professionnel. Sur ces points, les conditions d’exercice des enseignants-chercheurs soulèvent des questions, voire des problèmes :
  • une même identité professionnelle scindée dans différents corps du métier (Professeur des Universités, Maître de conférences, Professeur agrégé, Professeur des Universités - Praticien Hospitalier…), aux grilles salariales différentes, pouvant être comprise comme une hiérarchisation des valeurs intrinsèques des personnes
  • une identité professionnelle dissoute dans une identité disciplinaire ancrée dans la formation même des enseignants-chercheurs
  • une altérité entre une identité de chercheur, plutôt socialement valorisée, et une identité d'enseignant souvent dépréciée
  • l'évaluation des carrières qui privilégie l’activité de recherche (mesurée le plus souvent par des indicateurs de publications qui n’en sont pourtant qu’un aspect) aux autres aspects du métier
  • les différentes facettes du métier (recherche, enseignement, administration, diffusion et valorisation), occasionnant souvent chez l’enseignant-chercheur une frustration de ne pas être « complet » dans l’ensemble de ses activités
Le métier d’enseignant-chercheur possède un atout indéniable : la liberté académique quasiment assimilable à une liberté d’exercice. Cette liberté n’est pas un avantage catégoriel, c’est le fondement même de l’activité scientifique : être libre de se poser les questions qui semblent intéressantes est le garant de la création de connaissances et même des innovations de ruptures. Cette liberté d’action peut être apparentée à l’exercice d’une profession libérale, voire celle de l’artiste où la pratique, par essence, ne peut être ni contrôlée, ni contrôlable. Ces analogies trouvent leurs limites dans l’application uniforme du statut de salarié de la fonction publique de l’enseignant-chercheur avec des obligations fixées par décret (décret n°84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences). L’exercice du métier d’enseignant-chercheur fait cependant l’objet d’un double cadrage inhérent à lui-même : l’inscription dans une équipe pédagogique face à des étudiants inscrits pour l’obtention d’un diplôme défini, les exigences d’une production scientifiques mise à disposition de la communauté scientifique internationale.

Ces dualités et ambiguïtés, surtout si elles ne sont pas conscientisées et encore moins reconnues, complexifient la position de l’enseignant-chercheur et conduisent à des tensions dans ses activités ou entre celles-ci. Que faire pour limiter les tensions ?

À suivre.


Dubar C., (2000), La crise des identités, L’interprétation d’une mutation, Paris. PUF.

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Dernière modification : 19 décembre 2019


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